Les soins palliatifs en salle de naissance

Publié le par soinspalliatifs.pontoise.over-blog.com

 

Le groupe de travail dédié à la problématique des soins palliatifs est né de la volonté de l’équipe de soignants de mener une réflexion sur la prise en charge du couple et du bébé qu’ils vont avoir. Les réunions ont montré que cette prise en charge n’engageait pas seulement le couple et l’enfant qui arrive, mais aussi, en relation de synergie avec eux, l’ensemble de l’équipe, de compétence pluridisciplinaire, engagée dans ce projet de vie. Et c’est bien la volonté de progresser, de faire mieux et d’apporter une forme de soulagement adaptée à cette relation qui nous a guidés dans ce travail. La mise en œuvre effective des soins palliatifs en salle de travail a été précédée d’un état des lieux de la prise en charge dispensée jusqu’à présent. Forts de cette analyse préalable et de la mise en évidence des problèmes, une recherche de solutions appropriées a été entamée. Voici une synthèse de notre travail.

 

 

L’une des principales questions posées lors des réunions a été de définir les bénéficiaires des soins palliatifs en maternité ?

 

Aujourd’hui, en salle de naissance, il devient fréquent de prendre en charge un couple à l’occasion d’une demande d’interruption médicale de grossesse (IMG). C’est parce que l’équipe de Pontoise pratique des IMG que la réflexion relative à des soins palliatifs dans ce cas est toute naturelle. La démarche palliative est en effet conçue tout d’abord comme un droit des parents à accompagner leur enfant. Ils ont le droit à l’alternative IMG / accompagnement de leur bébé vers la fin de vie. D’autres populations sont également naturellement en mesure de recevoir un accompagnement de ce type : les patientes qui subissent un accouchement inopiné d’un enfant ayant un âge gestationnel inférieur à la limite de viabilité, de même pour des IMG à des termes très précoces où le fœticide n’a pas lieu.

Plus précisément, c’est aux nouveaux-nés porteurs d’une pathologie létale que l’accompagnement est proposé. Mais dans la pratique, on considère le nouveau-né comme membre d’une cellule familiale, que nous nous engageons à respecter dans sa dignité et surtout dans son humanité. D’où la nécessité d’une attention extrême portée, en plus du nouveau-né, aux patientes, aux couples et à l’entourage.

 

 

L’accueil en salle de naissance

 

L’accueil en salle de naissance est source d’angoisse, de souffrance et de peur. C’est avant tout LE lieu d’accueil du nouveau-né mais ça peut également être le lieu de sa mort. La perspective de la naissance marque l’échéance, le moment de l’arrivée de l’enfant mais aussi sa perte possible. Un moment fort, intense en émotion.

Nous avons pu voir le parcours des parents depuis l’annonce du diagnostic jusqu’à la salle de naissance. Le parcours le plus fréquent et qui permet une anticipation est celui des couples qui ont reçu un diagnostic anténatal (DAN), pour lesquels il y a eu une prise en charge en amont avec les équipes du DAN et des grossesses pathologiques. Pour ce type de prise en charge, on peut anticiper et élaborer un projet selon leurs désirs, ce qui laisse le temps à l’équipe de tout mettre en place (Cf. article du DAN). Lorsque le couple aura eu ce type de parcours, la naissance sera le plus souvent programmée. Mais la circonstance de la mise en place de soins palliatifs peut être une consultation subite aux urgences. Dans ce cas, aucun projet en amont n’a pu être élaboré avec le couple. Tout va se passer dans la salle de travail : ce sera là le lieu de l’accueil, du soulagement et de l’accompagnement. C’est également le lieu de l’aide et de l’information des parents, selon ce qu’ils peuvent entendre et comprendre : la clarté et la simplicité pour pratiquer les soins avec efficacité.

 

Quelles que soient la provenance de la patiente (DAN, GHR, urgences)  et celle du couple, en salle de naissance l’accueil est fait par un binôme sage-femme / aide-soignante. La sage-femme prendra connaissance du dossier et se présentera au couple. Les soignants tenteront de mettre en place une relation de confiance avec les soignés, l’accueil sera l’occasion d’évoquer le parcours et les interrogations du couple. Établir la confiance, c’est entre autres de laisser au couple la possibilité de s’exprimer, d’écouter et de répondre à leurs questions, leurs attentes, leurs souhaits. La sage-femme expliquera le déroulement du travail, l’accouchement et c’est avec la patiente que s’orientera le mode de mise en œuvre des soins palliatifs. Encore une fois, une extrême attention est portée à la patiente, au couple et à leur enfant.

 

Après cette prise de contact, l’accompagnement se fera avec le souci prioritaire à cette étape de soulager la douleur physique de la mère. La naissance étant précédée des contractions de mise en travail, on procédera à une pose précoce de la péridurale. La phase de travail est la plupart du temps longue ce qui va en général permettre d’établir une relation plus étroite entre les patients et la sage-femme, et au psychologue de poursuivre son travail. C’est aussi l’occasion de faire intervenir d’autres collaborateurs qui vont aider à améliorer le vécu de la patiente grâce notamment la relaxation, l’acupuncture, la sophrologie. Le déroulement  du travail peut se faire avec ou sans surveillance du fœtus, les outils de surveillance du fœtus (monitoring, électrode de scalp, Lactates au scalp…) seront utilisés en fonction de la situation, du désir des parents et en accord avec la décision de gynécologue-obsétricien responsable.

 

L’accouchement c’est le moment où la mère donne naissance à son enfant, même ce genre de situations particulières. La patiente va devoir fournir tous les efforts nécessaires et les modalités de l’accouchement seront les mêmes que pour n’importe qui (postures, respiration, poussées, intervention de l’obstétricien en cas de difficulté…).

 

Lors de la naissance, il est tout à fait envisageable, si la patiente le souhaite et dans la mesure du possible, de mettre l’enfant sur le ventre de sa mère (si la pathologie de l’enfant le permet) et de proposer au père de couper le cordon. Les suites de la prise en charge de l’enfant vont dépendre de son état. C’est naturellement à ce moment que le pédiatre entre en scène. Il va d’abord confirmer le diagnostic avant d’orienter vers la mise en place des soins palliatifs autour de l’enfant.

 

Autour de bébé

 

La naissance vivante d’un enfant atteint d’une pathologie grave et incurable, pour laquelle la mère a souhaité un accompagnement palliatif, pose la question de la durée dudit accompagnement. La durée de vie du bébé est en effet toujours incertaine et imprévisible même lorsque le diagnostic de la pathologie est clairement établi. Par conséquent, la mise en œuvre des soins palliatifs va varier selon sa durée. Néanmoins, quelle que soit cette durée, en salle de naissance, l’équipe soignante veillera à l’établissement des soins de confort de façon quasi systématique. Les soins vitaux et de confort doivent, bien entendu, être applicables à tout nouveau-né quelle que soit sa pathologie, son terme, dans la mesure du possible.

 

La priorité en salle de naissance va donc être de gérer et de pallier toute situation d’inconfort. On va tenter de limiter les gestes inconfortables et douloureux. Durant les réunions de travail, nous avons pu établir une classification des soins (Annexe 1), qui nous a permis de nous rendre compte, d’une part, qu’il était possible d’adapter davantage nos pratiques et, d’autre part, que c’est en ciblant cet aspect le plus technique de la prise en charge que nous pourrions faire évoluer notre démarche vers une écoute plus efficace des besoins des parents et de leur enfant.

 

C’est cette réflexion qui a mis en exergue la nécessité de réinvestir le couple dans leur rôle en les associant à la démarche de confort. Avant tout en favorisant le contact parents-enfant, en le présentant, en le prénommant, en l’humanisant, ensuite en effectuant les soins auprès d’eux, ce qui signifie d’éviter de les séparer de lui. Cela implique par exemple de reporter les actes nécessaires aux investigations, afin de rendre l’enfant à ses parents au plus vite et leur permettre s’ils le souhaitent d’avoir leur enfant dans les bras jusqu’à ce qu’il s’éteigne.

 

Dans ces moments et ce type d’accompagnement, la question des parents qui revient est de savoir si leur enfant souffre (article sédation, médicament…).

 

Lorsque la mort du bébé à lieu en salle de naissance, l’équipe sera sensible aux particularités sociologique, religieuse et culturelle des parents. L’aide au déroulement des rites culturels autour de la mort fait partie intégrante de la prise en charge. Un temps de recueillement est laissé au couple et c’est avec leur accord que la sage-femme emmènera le corps de leur enfant et procédera à la prise des photos, à la pesée, ainsi qu’aux manipulations diverses destinées à garder des traces de l’enfant (empreintes, bracelets…).

 


Publié dans Djemila

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line LAVENAIRE 12/12/2010 23:25


Ce texte est très bien écrit, très explicite. Mais il y a une phrase que je ne comprends pas bien :"l'accouchement c'est le moment où la mère donne naissance à son enfant, même ce genre de
situations particulières." Il doit manquer un mot...